Les Descendants

Publié le par Louis VADMEET

Dans les années 1960, Louis s'achète un magnifique canoé en bois, de type "canadien". Il le baptise le "Raz El Halam" (...). Avec ce bateau, mon père a fait, avec son frère également passionné de kayak, la descente de l'Orne (en Basse-Normandie). C'était au printemps car cette belle rivière n'est pas navigable partout et toute l'année. Il faisait un peu frais, surtout le matin... Mais,comme vous le lirez dans le poème ci-dessous, une franche camaraderie entre les "descendants" réchauffait les coeurs.

Je vous conseille, si vous ne connaissez pas ce département, d'aller découvrir l'Orne (61). Vous y trouverez des merveilles... Et louer des kayaks, partir de Pont-d'Ouilly et rejoindre Clécy à la rame est un jeu d'enfant, un bonheur de vacances d'été. Avis aux amateurs...

 

Raz-El-Halam.jpg

 

Les Descendants

 

Voix fraîches, rires cristallins, 

Voix graves, rires enfantins ; 

Sur l'Orne par un clair matin, 

Dans leurs kayacs, ils passent enfin!

 

Garçons de tous les azimuts,

Jeunes filles qui débutent,

Anciens aux barbes hirsutes,

Prenez garde, voici la chute!

 

Aussitôt l'on s'agglomère;

Passent d'abord les téméraires,

Les hésitants suivent derrière

Et leurs pagaies brassent de l'air!

 

Puis c'est un tronc en plein courant

Les premiers le crient aux suivants,

Qui passent en le recriant

A la masse des arrivants!

 

Sur l'obstacle, certains basculent

Et par erreur, ils gesticulent,

Vite au bouillon, les ridicules,

Entre deux eaux, coincent leur bulle!

 

Suite de péripéties,

Quelquefois dues aux raccourcis

Que quelques jeunes endurcis,

Empruntent sans aucun souci !

 

Puis c'est l'attente à chaque fois;

« Maurice, ton pull, passe le moi! »

« Edgard, mon brave, quant à toi,

Ton slip me comblerait de joie! »

 

Ainsi parlent les naufragés

Et nullement découragés,

Sitôt leurs vêtements changés,

Repartent ; à vous de juger!

 

Et c'est le pont de la Villette

Le lieu où la flottille s'arrête;

Chacun veut arriver en tête,

Ultime effort, cris à tue-tête!

 

Puis l'on débarque sur l'herbette, 

Satisfaits, le cœur en fête; 

Tu as vu cette trempette ?

Cette descente fut vraiment chouette!...

 

Très franche camaraderie.

Quand de plus, la nature sourit

De telles joies n'ont pas de prix

Et qui ne peut en être épris ?

 

Kayak-2-places.jpg

 

Raz El Halam - Famille

 

 

Depuis-le-Canoe.jpg


 

 

Publié dans Photographies

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Elisabeth de Hautségur 13/11/2010 20:35


Hervé, j'ai apprécié cette descente en kayack, l'humour qui dit l'amour au sein de la musique poétique. L'Immanence va de paire avec La Transcendance, comme deux axes d'une oeuvre taillée dans
l'épure. Bonne soirée. Je t'embrasse. Elisabeth.


Ophélie Conan 11/11/2010 22:54


Oui, tu as raison, Hervé, l'amoureux de la vie peut n'être jamais suffisamment satisfait de ce que la vie lui donne et chercher une sorte de transcendance dans les actes les plus jouissifs obtenus
avec son corps et ses sens. Je me reconnais tout à fait dans ce que tu dis. Mais je dirais "heureusement", car c'est d'ailleurs ça qui rend la vie si belle, par moments...
J'ai lu "L'art de jouir" de Michel Onfray et je suis tout à fait d'accord avec lui. Il a raison de s'opposer à ceux qui, au nom d'une transcendance divine, nient l'existence matérialiste du monde
et du corps, et il a raison de dire qu'il y a là une pathologie qui, non seulement fonde les monothéismes, mais envahit une grande majorité de nos philosophes et de nos manières de pensée, sans que
nous nous en apercevions bien clairement, et que cette pathologie sert bien évidemment ceux qui s'en réclament pour établir et maintenir leur pouvoir sur la grosse masse des humains terrorisés qui
croient à cette illusion d'un Dieu créateur de tout et d'un Verbe divin.
Mais, à mon sens, Onfray ne dit pas assez, dans son livre, que l'hédonisme, s'il doit nécessairement partir de notre réalité matérielle et corporelle, pour jouir, doit quand même la transcender
(sans croire à l'existence "réelle d'une transcendance") pour atteindre le beau, pour atteindre un "divin" (sans dieu). Cela peut paraître paradoxal, mais je crois que nous avons besoin de
fabriquer cette transcendance pour voir dans un corps humain, par exemple, plus qu'un assemblage complexe d'organes, ce qui en soi n'est guère jouissif. C'est en quoi, même s'ils sont de pures
inventions, les dieux (surtout païens) et les mythes sont très utiles pour donner forme à cette opération de dématérialisation qui nous permet de jouir, et d'aller vers la transcendance. C'est
d'ailleurs, me semble-t-il, ce qui manque à notre monde moderne, bassement matérialiste, ne présentant que des rituels minables sans symboliques propres à favoriser l'émerveillement (comme le 19-20
pour reprendre ton exemple!). Il faut certainement se débarrasser des transcendances imposées car elles tuent et empêchent de jouir, mais chacun doit s'en fabriquer à usage personnel, peut-être à
partir de celles qui existaient, je ne sais pas, pour pouvoir jouir! C'est bien compliqué et je ne suis peut-être pas claire. Je t'embrasse. Ophélie


Hervé 11/11/2010 07:37


Oui, tu as raison Ophélie. Mon père aimait la vie. Il a été heureux par intermittence néanmoins; mais je pense que le bilan global est, de ce point de vue, très positif. Je remarque une chose
pourtant : celles et ceux qui ont la passion de la Vie sous toutes ses plus belles formes semblent deviner qu'Elle ne leur donne ou montre pas Tout. Alors l'amoureux de la Vie ressent une
frustration, une insatisfaction chronique. Il se lance dans la quête d'un absolu romantique. Mais... Si tout ce qui est accessible à l'humain était là, dans nos mains, sous nos yeux ? Totalement
immanent ? Les innocents adeptes de la transcendance n'en viennent-ils pas à soupirer sans cesse ? Je me pose encore ces questions... Et sur la photo, oui, je suis à l'avant du drakkar de mon Papa
Viking !


Ophélie Conan 10/11/2010 13:37


On le vit vraiment! Quelle belle ambiance ce poème! Et les photos... Louis avait l'air heureux, dans son canoë, avec ses deux enfants (j'imagine que tu es là). Ces photos montrent que Louis était
un homme qui aimait simplement la vie. Pour moi, c'est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un être humain. Aimer la vie. Ça entraîne le reste, s'aimer soi-même, aimer les autres, aimer les
belles œuvres des humains... Je t'embrasse Hervé. phélie